Accord Vivaldi: "On retrouve un certain sens de l'Etat social"

La coalition Vivaldi a finalisé son accord de gouvernement: A la hauteur de la situation? Avec quels moyens de relance? Un taux d'emploi de 80% annoncé pour 2030, est-il vraiment possible? Pour tenter de répondre à ces questions dans CQFD: Bruno Colmant, économiste, CEO de la banque Degroof, membre de l'Académie royale de Belgique et Marie-Hélène Ska, secrétaire générale de la CSC.

La coalition Vivaldi a finalisé son accord de gouvernement: A la hauteur de la situation? Avec quels moyens de relance? Un taux d'emploi de 80% annoncé pour 2030, est-il vraiment possible? Pour tenter de répondre à ces questions dans CQFD: Bruno Colmant, économiste, CEO de la banque Degroof, membre de l'Académie royale de Belgique et Marie-Hélène Ska, secrétaire générale de la CSC.

Le premier chapitre de cet accord concerne la crise sanitaire et le refinancement des soins de santé, à hauteur de 1,2 milliard d'euros, parallèlement à une augmentation de la norme de croissance des soins fixée à 2,5%. Des chiffres revus à la hausse pour atteindre cet objectif: le retour de la Belgique dans les top 10 européen en termes d'années de vie en bonne santé.

Des politiques de soins de santé pour retrouver du souffle et de sens

Marie-Hélène Ska relève ici trois éléments positifs: "énoncer comme objectif le nombre d'années de vie en bonne santé est important, on n'est pas d'abord sur des critères budgétaires, des points ou des normes. Deuxièmement, la question du financement et la prise en compte du vieillissement de la population, c'est une prise de conscience importante. Troisièmement, même si ce n'est pas explicite dans l'accord, la question du sens dans les soins de santé. Beaucoup de soignants quittent leur métier ou sont surmenés. Il faudra voir dans quelle mesures les prochaines politiques de soins de santé permettront de retrouver un peu de souffle et de sens".

"On a vu aujourd'hui quelle était l'importance des dépenses sociales et médicales", observe Bruno Colmant, "et on retrouve un certain sens de l'état social. Le babyboom d'après-guerre s'est transformé en papyboom et nous avons en plus gagné 20 ans d'espérance de vie depuis la guerre, ça veut dire qu'il y a une population âgée en attente de biens sociaux, soins médicaux, assistance et il faut être à la hauteur du contrat social. Donc oui ça va coûter de l'argent et peut-être plus qu'imaginé".

Un plan de relance pour "donner un électrochoc à notre pays"

C'est ainsi qui le décrit l'accord. Le plan de relance interfédéral doit permettre la création d'emplois tout en accélérant la transition verte. Parmi les objectifs de ce plan: faire passer le taux d'investissements publics de 2,6% en 2019 à 4% en 2030 [la moyenne européenne est établie à 3%, Ndlr] dans différents domaines: l'innovation dans les soins de santé, la transition énergétique, l'amélioration des infrastructures et de la mobilité, l'enseignement et la recherche universitaire, l'agenda numérique ou encore la cybersécurité.

Bruno Colmant comme Marie-Hélène Ska saluent tous les deux cet objectif de 4%. "Car 2,6%, c'est négligeable", expose l'économiste. "Et 4%, ça représente un tournant", avance la secrétaire générale de la CSC.

80% de taux d'emploi en 2030?

Le nouveau gouvernement ambitionne aussi un taux d'emploi de 80% à l'horizon 2030, avec toute une série de mesures encourageant la mobilité, la formation et la réinsertion des travailleurs.

"Si on n'est pas à un taux d'emploi plus important aujourd'hui, affirme Marie-Hélène Ska, c'est parce que beaucoup de personnes ne retrouvent plus le sens de leur travail. Et donc on voit des retraits massifs du marché de l'emploi sous forme de temps partiels ou congés divers. Je souhaite qu'on puisse réaborder cette question de manière sereine et pas avec des mesures mécaniques. Ce n'est pas parce qu'on donne à quelqu'un des bonnes béquilles pour avancer qu'il va nécessairement décider d'avancer. Il faut une approche plus ouverte sur ces questions, dans un marché du travail qui a fondamentalement changé".

Bruno Colmant parle d'objectif ambitieux: "tout le monde ne peut pas travailler jusqu'à l'âge de la retraite. Tout le problème, c'est l'équilibre vie professionnelle et privée, mais aussi la formation des travailleurs. On est aujourd'hui dans une économie très versatile en termes de compétences, et nous avons un système éducatif extraordinaire [...] Le message sous-jacent, c'est de dire aux gens: formez-vous!", conclut le CEO de la banque Degroof.

 

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Catherine Tonero

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