Accord de gouvernement wallon: pour Marie-Hélène Ska, "le diable se cache dans le détail"

Si l’accord de gouvernement de la Région est presque sur les rails, les syndicats, eux aussi sont sur les starting-blocks.

Et parmi eux la CSC. Pour Marie-Hélène Ska, secrétaire générale du mouvement, l’absence des gouvernements empêche toute avancée dans les négociations sociales. Sur un plan fédéral, le syndicat chrétien s’inquiète du dérapage budgétaire chronique de 10 milliards tous les 5 ans et des conséquences que cela entraîne sur la sécurité sociale. Quant à la perspective d’augmenter la rémunération du futur remplacement de Dominique Leroy à la tête de Proximus, "pas question", répond Marie-Hélène Ska, alors qu’une loi gèle les salaires de l’ensemble des travailleurs.

Enseignement: un bon point

Il faut dire que la CSC a bataillé ferme contre la précédente majorité. A la Région comme au Fédéral. Face à l'accord de gouvernement pour la Wallonie, Marie-Hélène Ska veut "prendre le temps de lire les accords wallons. Car le diable se cache dans les détails". Du côté des bonnes nouvelles figure le maintien du tronc commun et du pacte excellence dans l’enseignement : "Sans être béat, on constate un consensus fort sur le long terme, il faut garder le cap".

Mais pour la secrétaire générale de la CSC, les manquements sont nombreux et il faut aller vite : "Aucune réponse n’a été apportée à la crise des blouses blanches ni sur les pensions ou la négociation des salaires à l’avenir. Il faut apporter des réponses concrètes aux attentes du monde du travail". Elle constate la difficulté d’apporter des réponses globales plutôt que fédérale, régionale et communautaire. "Il faut des réponses articulées entre le régional et le fédéral."

L’absence de gouvernement: un mauvais message aux électeurs

Même sans gouvernement, explique Marie-Hélène Ska, les trains roulent, les élèves sont dans les classes et les patients sont soignés. "Le pays n’est pas à l’arrêt, mais nous avons besoin de gouvernements rapidement parce que les services, et notamment la justice, ne peuvent pas fonctionner avec des douzièmes provisoires. L’électeur se demande alors pourquoi encore aller voter"


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Pour elle, le temps presse : "Il faut des gouvernements qui tracent un cap, qui peuvent négocier les salaires et trouver des solutions au problème de la sécurité sociale. Ainsi, pour les pensions, l’âge est porté à 67 ans, mais rien n’est réglé sur la pénibilité du travail."

L’absence de gouvernement a aussi un impact sur les salaires : "Nous savons qu’il faut un interlocuteur politique pour la négociation sociale. Il faudra des textes et voter des budgets. Dès que l’on veut aller au-delà de 1,5% d’augmentation salariale, il faut un interlocuteur. Un gouvernement d’urgence ne peut pas mener de politique sur le long terme".

Le déficit budgétaire chronique : un danger pour la sécu

D’ici 5 ans, la Belgique creusera un déficit de 13,3 milliards d’euros. Et pour la secrétaire générale de la CSC, les recettes de sécurité sociale sont clairement insuffisantes. "Il faut sortir du carcan qui veut que l’on n’augmente pas les recettes. Il faut en chercher de nouvelles, un Etat n’est pas crédible quand il annonce que tous les 5 ans il faut aller cherchez 10 milliards d’économie. Le travail n’a pas été fait (ndlr: par les gouvernements). La sécurité sociale est en danger aujourd’hui. Le chômage et la santé, c’est l’affaire de tous. On ne peut pas demander, comme le font les patrons de prendre des mesures dans la sécurité sociale et accepter que l’on réduise les cotisations sans aucune évaluation."

Les blouses blanches

Des actions sont envisagées d’ici la fin de la semaine. Des actions que la CSC justifie par le fait que l’angoisse du personnel soignant pèse également sur les patients déjà fragilisés par les maladies.

Augmenter les rémunérations du patron de Proximus? Pas question

Reste la question qui fait débat au sein des syndicats: faut-il augmenter le plafond des rémunérations des CEO des entreprises publiques. La réponse fuse: "Dominique Leroy a montré que La rémunération ne fait pas la qualité du dirigeant. Aujourd’hui c’est le personnel de Proximus qui fait marcher Proximus, malgré le départ de Dominique Leroy."

Mais il y aurait aussi un sentiment d’injustice : "Quand on gagne 900.000 euros ou 1,5 million d’euros, cela ne change pas les fins de mois. Il est impossible de revoir la rémunération à la hausse alors que, par ailleurs, une loi gèle les salaires de l’ensemble des travailleurs et que les salaires minimums sont à un niveau indécent." Et quoi qu’il en soit, la CSC veut la garantie du Conseil d’Administration de Proximus que le plan de restructuration prévu ne sera pas remis en question: "Le CA doit être garant de la continuité".

 

Jean-Claude Verset

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