Liege 4000

"365 Unpacked", l'expo des déchets ménagers d'Antoine Repessé

Il n’a pas le syndrome de Diogène ou la syllogomanie, il est juste un artiste engagé. Antoine Repessé, 39 ans et photographe de talent, a eu une idée folle : accumuler des déchets dans sa maison pour dénoncer le système.

Dans le cadre du Festival Nourrir Liège, la Cité Miroir a accueilli le 28 mars la visite guidée de l’exposition "365 Unpacked" du photographe Antoine Repessé. Ce Lillois, maintenant devenu Parisien, a accumulé pendant 4 ans plus de 70 m³ de déchets.

Cette initiative lui est venue après un déclic...

Vivre Ici est allé à la rencontre de ce militant français.

Quel message souhaites-tu transmettre avec ton projet "365 Unpacked" ?

Pendant 4 ans, mes proches et moi-même avons accumulé plusieurs déchets ménagers dans ma maison comme des rouleaux de papiers toilettes, des bouteilles en plastique, etc.

Mon but était de montrer la surconsommation à l’échelle individuelle. Lorsque l’on parle de X tonnes de déchets, on ne visualise pas tellement...

Je voulais des photos qui surprennent, qui sortent du lot. Le retour du public était génial car les photos ont voyagé dans le monde entier grâce aux réseaux sociaux.

Comment t’es venue cette idée d’accumuler des déchets à la maison ?

Cette problématique, je l’ai rencontrée personnellement. Je dois ma survie à l'achat de plats industriels suremballés. J’ai alors eu cette prise de conscience...

Je ne souhaite pas non plus faire culpabiliser les gens mais il faut se dire aussi que nous sommes tous acteurs de notre consommation et qu’il est important de privilégier des filières. Je ne pense pas qu’il faille attendre que ça vienne du haut. Il faut juste prendre conscience que notre consommation à un impact.

Ces déchets, cela a aussi un coût ! Quand on achète au supermarché, le consommateur paye aussi l’emballage. Lorsque l’on regarde le prix qu’on paie pour des capsules de café, comparé au café vendu en vrac il y a une sacrée différence ! C’est ce système-là que je voulais dénoncer.

Tes photos ont un style "publicitaire"

Oui c’est vrai (rires). L’idée était de prendre les codes de la pub et de les retourner à l’envoyeur. Des étiquettes et des marques sont visibles sur les photos. Mon intention n’était pas de dénoncer des marques en particulier et je n’ai jamais eu de problèmes de ce côté-là...

Par contre, sur l’une de mes photos, on peut voir une fille en train de boire de l’eau avec une brassière Nike. J’ai laissé volontairement le logo visible pour dénoncer ce marchandising à outrance.

Artistiquement, mes photos ont aussi ce côté publicitaire. Les photos ont été prises en intérieur, chez moi ou chez des amis ainsi qu’en extérieur, dans la nature. (ndlr. Ces photos inspirent un combat entre la nature et l’être humain.) Le style "publicitaire" vient aussi par la mise en place des déchets, la manière dont les acteurs sont positionnés et l’éclairage intense.

Il n’y a aucun Photoshop, aucune duplication d’objets, tous les déchets présents sur les images sont réels.

© Antoine Repessé

Comment vit-on au quotidien avec des tas de déchets chez soi ?

C’est une véritable organisation ! Chaque pièce était dédiée à un déchet en particulier. Il y a certaines pièces dont je n’ai pas eu accès pendant deux ans, je me suis retrouvé un peu capitonné...

Des fois, tu te questionnes... "Est-ce que j’ai pas un problème ? Non !" (rires)

Mes copains, ça les a plutôt fait marrer. Ils sont assez ouverts d’esprit et ont pris ça avec humour.

 

Pour en savoir plus sur le travail d’Antoine Repessé , rendez-vous sur son site web ou sur sa page Facebook

 

Aurélie Bronckaers